je suis content d'être heureux
Maïna enseignait les mathématiques au tutorat de médecine.
Florian était en première année. Chaque jeudi soir, premier rang.
Toujours une question de plus à poser en fin de séance.
Quand il a réussi sa première année, il a rejoint l’équipe du tutorat.
Collègues d’abord. Amis ensuite.
Ils ont découvert ce qui les rapprochait : une structure familiale
similaire, le voyage, la lecture, et cette façon identique de savourer
l’instant sans le presser.
La session narrative a eu lieu la veille, comme souvent.
Ce soir-là, le coucher de soleil a fait le travail à ma place.
La lumière changeait vite. On avait arrêté de filmer.
Et c’est là que Florian a dit cette phrase, à voix basse,
sans s’adresser à personne en particulier :
« Je suis content d’être heureux. »
Pas « je suis heureux ». Pas « on est bien ».
Content d’être heureux, comme si le bonheur était une chance dont il avait conscience en temps réel, pas en différé.
J’avais le titre du film avant de rentrer ce soir-là.
Le reste du tournage, j’ai cherché à filmer ça :
cette présence au moment, ce refus de laisser passer
ce qui est bien sans le remarquer.
C’est ce que le film raconte.
