Clément Fillon — Réalisateur de films de mariage à Nantes
QUI SUIS-JE
Je ne filme pas que ce que je vois. Je filme ce que j’ai décidé de chercher.
Avant chaque tournage, je me pose deux questions : Quelle émotion je veux que le spectateur ressente ? Quel message doit rester quand le film se termine ?
Ces questions, c’est de la pré-production. De l’écriture. Du travail qui se fait avant que la première image soit tournée et qui change radicalement ce qui se passe le jour J.
Sur un mariage, ça ressemble à ça : savoir, avant d’arriver, que la grand-mère de la mariée est un personnage haut en couleurs et qu’elle ne sera pas dans les discours. Savoir qu’il faudra aller la chercher pendant le cocktail. Sans la préparation, ce moment n’existerait pas dans le film.
Un réalisateur arrive en sachant ce qu’il cherche. Sur chaque moment de la journée, je cherche un plan qui dit tout : une image simple, bien exécutée, qui n’a pas besoin d’explication. Une idée claire vaut mieux que dix plans moyens.
C’est la différence entre filmer et réaliser.
Si vous préférez m'entendre plutôt que me lire.
MON PARCOURS
J’ai emprunté le caméscope de mon père pour la première fois à dix ans. Famille nombreuse, cinq garçons, je filmais notre quotidien. Pas pour garder des souvenirs. Pour regarder ce que ça donnait à l’écran.
Je n’ai pas suivi cette piste tout de suite.
J’ai fait des études d’ingénieur, bifurqué vers un master en management, décroché un CDI de chef de produit marketing dans un grand groupe industriel. Cinq ans à coordonner des lancements à plusieurs millions d’euros, à travailler avec des usines, des commerciaux, des chefs de projet. J’aimais ça — le terrain, les gens, la complexité.
Mais chaque matin, avant que ma journée commence, j’ouvrais YouTube. Des heures de tutoriels vidéo, de tests de matériel, de montage. J’achetais des caméras, un drone, un MacBook pour monter. Officiellement pour les voyages. En réalité, parce que je ne pouvais pas m’en empêcher.
Il a fallu que mon corps prenne la décision à ma place. Angoisses nocturnes, torse recouvert plaques rouges… Le genre de signal qu’on ne peut plus ignorer. Le jour où j’ai trouvé le courage d’en parler à mon patron, tout a disparu. J’avais ma réponse.
C’était mars 2020. Le confinement a commencé deux semaines plus tard. J’ai négocié une rupture conventionnelle, formé mon successeur, et je me retrouve en télétravail à 100% — paradoxalement la période la plus productive de ma vie de salarié, parce que je savais que ça ne durerait pas. Un tour du monde était prévu. Les confinements successifs l’ont annulé. Qu’importe : je me suis lancé début 2021. Premiers mariages fin 2021. Première vraie saison avec cinq ou six mariages à l’été 2022.
Les premières années : belles images, bonne technique mais des films qui manquaient de profondeur.
Le vrai tournant, c’est début 2024. Un workshop avec Meryll de Gordon, vidéaste de mariage multi-récompensé spécialisé dans le storytelling, dans le sud de la France. Justine, ma femme, était enceinte de deux mois — le moment ou jamais de partir quelques jours. Ce que j’ai compris là-bas n’était pas une technique. C’était un ordre des choses : construire le squelette audio d’abord. Laisser les voix guider le montage. Poser les images par-dessus. La musique en dernier, pour appuyer une émotion qui existe déjà.
Je n’ai pas pu le déployer immédiatement. Liam est né en septembre 2024. On a acheté une maison, déménagé. Tout est arrivé en même temps. C’est en 2025 que j’ai vraiment commencé à tester — les sessions narratives avant le jour J, les interviews séparées, les balades. Beaucoup d’essais, quelques erreurs, des choses qui ont tenu.
Ce qui relie tout ça : j’ai toujours voulu comprendre avant de produire. En tant que chef de produit, je passais des semaines à comprendre un besoin avant de proposer une solution. Sur un mariage, c’est pareil. Je ne filme pas uniquement ce que je vois. Je filme ce que j’ai décidé de chercher.
CE QUI ME TIENT à coeur
Un film réussi, c’est un couple qui se dit : « il a compris qui on était ».
Pas : « les images sont belles. » Pas : « la musique était bien choisie. » Pas même : « c’est émouvant. » Ça, n’importe qui peut y arriver avec un beau lieu et une chanson douce.
Ce qui m’intéresse, c’est la fidélité.
Si la pluie s’invite, je ne la gomme pas. Je la raconte : elle fait partie de la journée, parfois elle en devient le personnage principal. Si un marié est timide, introverti, parle peu, je ne cherche pas à équilibrer artificiellement sa voix avec celle de son conjoint. C’est qui il est. Le film doit le représenter tel que tout le monde le connaît.
Les moments de tension, l’attente à l’autel, les invités qui sortent leur téléphone pendant la cérémonie — tout ça dit quelque chose sur cette journée précise, sur ces gens précis. À vouloir des images parfaites, on rate des moments vrais. Et un moment vrai avec une lumière imparfaite vaut plus qu’un plan parfait vide de sens.
Ce que je fuis : le film générique. Slow motion à gogo, montage clip, ordre strictement chronologique. C’est du confort. C’est un PowerPoint de la journée qui aurait pu être fait pour n’importe quel mariage. Je n’ai aucun intérêt à faire quelque chose de transposable.
Ce que je crains le plus : qu’un couple regarde son film dans vingt ans et se dise qu’il a mal vieilli. Des transitions datées, une colorimétrie has-been, des mouvements de caméra qui faisaient tendance en 2024. Le seul antidote que je connaisse, c’est la sobriété technique et le focus sur l’humain. Les codes du cinéma classique vieillissent bien. Les effets, non.
Un film intemporel, ce n’est pas un film sans style. C’est un film où la technique s’efface devant ce qu’elle raconte.
avec qui j'aime travailler
Je travaille avec 12 à 15 couples par an. Ce n’est pas une contrainte. C’est un choix.
Pour faire ce que je fais, j’ai besoin de temps : avant le tournage, pendant, après. Et ce temps n’a de sens que si les gens en face jouent le même jeu.
Le couple avec qui ça coule de source, c’est celui qui arrive en ayant regardé mes films, vraiment regardés, pas juste vérifiés. Qui a compris ce que j’essaie de faire. Qui réserve son vidéaste avant son photographe parce que le film compte autant que les photos, pas en supplément.
C’est un couple qui remplit le questionnaire en détail, pas pour me faire plaisir, mais parce qu’il a compris que chaque information est de la matière pour le film. Avec qui on découvre des points communs en visio : des voyages, une façon de voir les choses, parfois un parcours qui se ressemble.
C’est un couple qui me fait confiance le jour J. Qui dit oui quand je propose une capsule temporelle pour leurs futurs enfants. Qui m’indique les gens à aller chercher pendant le cocktail. Qui me laisse entrer dans leur cercle : leur famille, leurs témoins, leurs grands-parents. Pour faire mon travail, j’ai besoin d’être accepté par tout le monde, pas seulement par les mariés.
J’ai besoin de connaître vos fêlures autant que vos bons souvenirs. Ce que vous avez traversé ensemble, les moments difficiles, ce qui vous a construits. Pas pour les mettre dans le film de façon littérale mais parce que c’est ce qui donne de la profondeur à un couple.
Et puis j’aime que vous soyez tous les deux présents dès la première visio pour m’assurer qu’on est alignés à trois avant de commencer.
Ce que je cherche, c’est une collaboration.
En dehors de la caméra
Je collectionne les montres mécaniques : des objets conçus pour traverser le temps et changer de mains. J’ai mis un moment à comprendre ce que ça avait à voir avec mon travail. Pas si longtemps, en fait.
Depuis peu, je suis papa. Liam a tout changé à ma façon de regarder les choses et à ma façon de gérer mon temps. L’équilibre entre ce que je construis professionnellement et ce que je vis à la maison n’est pas un bonus. C’est une condition. C’est pour ça que je travaille avec 12 à 15 mariages par an, pas davantage.
Justine a commencé à apprendre la photo pour une raison simple : je suis toujours celui qui filme, celui qu’on ne voit jamais sur les images. Elle apprend le cadrage pour que j’existe dans nos souvenirs de famille. On finit par regarder les mêmes choses différemment. C’est instructif.
Et puis il y a une conviction que je traîne depuis l’enfance : les passions qu’on cultive depuis l’enfance peuvent devenir des métiers. Moi, j’aimais les livres, les sagas, les Lego, le dessin. Je me faisais des films dans ma tête en permanence. Et j’avais une passion dévorante pour les dinosaures : j’aurais pu être paléontologue, ça aurait nourri mon goût du voyage et de la transmission. J’en ai plusieurs tatoués sur le corps. Ce n’est pas un hasard si j’ai fini à raconter des histoires.
Et vous qui êtes-vous ?
Si vous vous êtes reconnus quelque part dans cette page : dans la façon de travailler, dans ce qui compte pour vous, dans l’idée qu’un film doit traverser le temps, alors on devrait se parler.
Pas un formulaire. Une vraie conversation, en visio, pour voir si on est faits pour travailler ensemble.
